mardi 20 octobre 2015

La ligne


Je me suis rendue compte en tatouant que je devais faire preuve d'une concentration extrême lorsque je devais tracer une ligne droite. En fait, quelque soit l'outil, je me sens impuissante devant la droite. Trop nerveuse, trop incertaine, vers le ciel ou vers la terre, ça foire, ça ondule. Mais je teste, je m'applique, j'en médite presque. Et puis une voix qui dit "pas dans ta nature parce que pas dans la nature organique". Les formes molles dans mon corps, dans mes boyaux. Dans mes os, minéral hybride abandonnant sa forme structure au profit de la courbe. 

Les cassures sont droites, les constructions humaines sont droites (où sont les tipis, les yourtes, les cases ?), les routes, les portes (où sont les arches?), les livres (où sont les rouleaux ?), les fenêtres, ce bureau, ces touches de clavier. Et cette croyance étrange de la ligne, de la forme à angles comme perfection. La ligne est fausse. C'est un leurre, une illusion d'un infini prolongement qui ne peut rien délimiter, qui peut juste limiter les structures, elles-mêmes limitées. Vous pensez aux schémas de la science ? Comme son nom l'indique, ce n'est qu'un schéma. Au mathématiques dans la composition ? L'impression de perfection obligatoire me bouffe la spontanéité. Et l'horizon n'est pas tangible. 
La courbe est partout, elle m'est cellulaire, elle m'est mécanique. Torsions et rotations, cycles et variations. Je ne peux pas aller contre. Je rejette la violence de la ligne droite et des angles.




vendredi 18 septembre 2015

Je suis Vie



« J’ai toujours du mal en voyant partir une de mes toiles »
J’ai entendu ça, cet après-midi.
Même si j’ai mes préférées, une toile reste une toile. Un chemin que j’ai emprunté vers une destination ou, du moins, une étape. Si ce chemin peut satisfaire la vue d’un spectateur, tant mieux. Ce que j’ai peint, hier, est mort. C’est un échelon que je n’utiliserai plus. Je crois.
Un chemin, parce que je pense comme je peins. Aujourd’hui compte parce qu’il vit. Marcher demain encore ou s’arrêter. Pourquoi cette connaissance ? Savoir que nous allons mourir ne suffit pas ? « S’il te restait une semaine à vire, que ferais-tu ? » et qu’est-ce qu’une semaine ? Rien. L’arrêt de cette vie est inévitable. Dans un demain relatif. Je l’ai ressenti aujourd’hui.
Quelle chance de penser à tout ça dans un moment heureux et d’en ressentir un apaisement.  
Et j’ai ri. Ri parce que j’étais exactement là où je voulais être. Dans un cocon musical, un pinceau à la main. J’ai l’immense chance d’avoir marché sur la bonne route jusqu’ici. Toutes les voies sans issues se sont ouvertes sans (trop de) blessure. J’ai ajouté de la couleur vive à ce que j’étais en train de faire et résolu un petit souci de lumière. J’ai levé les yeux sur les gens dans l’atelier et me suis sentie proche de chacun d’entre eux. Cette série de frères et sœurs que je n’ai jamais voulu reconnaitre sont pourtant logés à la même enseigne. Je les ai remerciés silencieusement en pensant à cette stupide notion d’héritage,  personnel et collectif, que seul l’humain peut comprendre.  J’ai fait le tour des scénarios d’anticipation où l’on retrouve un peuple que le besoin de sécurité à rendu esclave. Où le méchant dictateur détourne l’attention en proposant des routines comme paradis artificiels. Puis, comment ce leader, qui n’a fait que répondre à l’attente du peuple, est exorcisé puis renvoyé en enfer. Qui, lisant ces mots sur l’écran, au chaud chez lui voudrait renverser cette allégorie ? Alors je sais mais je me tais. Je joue mes personnages parce que c’est ma sécurité. Le contraire me rendrait fou ou précipiterait le lendemain.

D’ailleurs, est-ce que je sais seulement ce qu’il y a derrière ces personnages ? Plus je cherche et moins je trouve. Si je dois enlever les références et influences, il me reste quoi ? Comment être sûre que même ce que je ressens dans mon cœur, ce qui me prend aux trippes, ce qui me fait pleurer,  n’est pas un conditionnement de ma pensée ? Je suis du rien. La seule chose pouvant me distinguer du vide, c’est la vie. Celle qui renouvelle mes cellules, celle qui passe dans un regard puis dans un autre. Mon chemin dans le temps, peu importe sa durée, me défini. Je suis Vie. 

lundi 30 mars 2015

Graal, ego et universel.



J'ai reçu des conseils et je devrais dire merci. Des indications, des pistes nouvelles mais je ressens seulement de la colère. Pourquoi je m'étonne de tourner en rond ? S'il n'y a que de la subjectivité, quel enseignement puis-je en tirer ?

Repartir de zéro sans arrêt à la recherche d'un graal en mouvement perpétuel.

Placer l'expérience matérielle, la nouveauté, le jamais vu comme pilier central. Pour étonner, interpeller, impressionner. Pourquoi ? Satisfaire l'ego de l'artiste, le placer au dessus de "ceux qui n'y ont pas pensé". Dicter l'anarchie par l'aléatoire à coups de grand discours alambiqués pour prouver qu'il y a un vrai contenu. Comme expliquer la psychologie d'une tranche de pain rassis.

Souvent, l'ego de certains artistes me dégoûte. D’ailleurs, mon propre ego me dégoûte. Heureusement, je ne suis pas mon ego et je ne bâtirai sans doute pas de cathédrale de papier.

Ce qui me touche et que je reconnais comme l'éclairage du monde réside dans le mot universel. Les faiseurs d'émotions qui savent s'effacer devant l'essence qu'ils offrent au monde. Sans besoin d'analyse, sans parasite et sans idée matérielle. Communication sans prérequis avec une émotion et une liberté propre. Aussi complexe qu'un monde à part entière. 

Ressentir comme faire l'amour, peindre comme une gestation et enfanter d'une entité indépendante. Un enfant qui choisira de plaire ou de se cacher mais un être à part entière, pas un monstre artificiel ou un clone à la peau lisse.

Alors ce que je veux c'est arrêter de me conformer et de répondre à des attentes impossibles dont l'anticipation me semble être un gouffre noir. Faire taire ceux qui veulent m'enseigner leur version et écouter uniquement ceux qui ne disent rien. Faire partir de l'école sans corps, du monde à l'intérieur du monde. Tourner dans le labyrinthe en gardant la coupe sacrée comme point central de l'horizon.

Je refuse de me perdre. 



mercredi 4 mars 2015

Humeurs pétrolières



La peur de ne rien faire puis celle de mal faire. Service que je rends au monde en restant seule et sans pensées. Ecoute attentive de soi et perte de contrôle d’un corps qui propage des maux diffus que quelques granules et goutes d’élixir arrivent à renvoyer au large des territoires conquis. Je plie parce que c’est la condition pour toucher le sol et rétablir l’équilibre. Les mains dans la terre pour oublier l’étiquette de bête au cerveau hypertrophié. 


Un coup. 
Je suis à terre. Collée au sol, dans un coin, loin en dedans, machine éteinte, engrenages rouillés. La part a été usée par des bassesses du monde de la matière. 


Deux coups.
J’ai pris la poussière à cœur, ça leste mes poumons. Je me suis perdue volontairement dans un court dédale de seconde vie numérique pour que ma charpente arrête de craquer. 


Crac, c’est du sang sans l’être, c’est de l’étincelle aux 7 couleurs. Ça me plonge dans l’autre monde, celui qui n’existe que dans ces carnets à moitié remplis de mots disparates. Je Vois.
J’anticipe le bien, petite fourmi blanche devant une flaque de mazout. Mes pensées me mènent à recommencer. Marcher pour moi-même, avec ou sans bâton. Être le rôle principal de mon existence pour accomplir l’idéal : Toujours sourire à ceux que j’aime. 


Tenir des mains pour courir plus vite. Embrasser des lèvres comme ouvrir des portes vers des planètes voisines. Écouter des mots 360° pour cimenter la confiance unitaire. Porter la lumière pour eux, pour moi. Ces pensées créent mes étincelles, lucioles errantes dans mon ventre, dans mon estomac, dans ma tête. Éclairent la nuit de mes humeurs pétrolières.